Le roman désigne à l'origine la langue vulgaire — c'est-à- dire parlée par le peuple — langue dérivée du latin populaire par opposition au latin classique, langue savante utilisée par les clercs. D'où le verbe romancier qui a signifié primitivement traduire un texte latin en français puis raconter en français. Nos modernes romanciers font-ils autre chose ?
Il apparaît naît au 12e siècle dans une société plus pacifique et plus raffinée où est sensible l'influence des femmes. Nos premiers romans, tels Les Lais de Marie de FRANCE ou les Tristan et Iseut de BÉROUL et THOMAS naissent à la cour d'Aliénor d'Aquitaine, épouse du roi d'Angleterre Henri II Plantagenet.
Le roman se distingue de la chanson de geste par :
• la forme : alors que la chanson de geste — faite pour être chantée — était composée de laisses « assonancées » de décasyllabes, le roman — fait pour être lu — est un récit en vers, des octosyllabes à rimes plates le plus souvent ;
• la matière première : alors que la chanson de geste exalte les hauts faits guerriers, le roman célèbre le goût de l'aventure, laisse une place au merveilleux et exalte le rôle de l'amour.

Le roman évoluera ensuite dans diverses directions :

LE ROMAN AU 17e SIÈCLE
C'est qu'à cette époque le genre se précise et prend sa signification actuelle. Les influences étrangères, espagnole et italienne notamment, contribuent à l'irrésistible essor de ce genre. Le courant baroque favorise un essor sans précédent du roman, souvent considéré comme une épopée en prose.
• le roman sentimental et pastoral, où des bergers conventionnels et raffinés se consacrent à l'amour. Le modèle en est l'Astrée, roman fleuve de 5 000 pages (1607-1627) d'Honoré d'Urfé ;
• le roman héroïque, roman fleuve riche en aventures et en rebondissements , tel le Grand Cyrus (1653) de Mlle de Scudéry où l'on trouve la fameuse Carte du Tendre ;
• le roman parodique qui prend le contre-pied des clichés précieux et s'inspire des romans picaresques : Roman comique (1651-1657) de Paul Scarron ou le Francion (1623) de Charles Sorel ;
• le roman d'analyse psychologique avec La princesse de Clèves (1678) de Mme de La Fayette, qui se caractérise par le souci de la vraisemblance
• le roman didactique avec le Télémaque (1699) de Fénelon.

AU 18e SIÈCLE
Durant le siècle des lumières, le roman continue son ascension bien qu'il soit toujours aussi peu considéré par les doctes et par les gens de goût. La technique romanesque s'assouplit et se diversifie, le plus souvent, par ailleurs, le souci moralisateur est présent :
Les personnes de bon sens ne regarderont point un ouvrage de cette nature comme un ouvrage inutile. Outre le plaisir d'une lecture agréable, on y trouvera peu d'événements qui ne puissent servir à l'instruction des moeurs ; et c'est rendre, à mon avis, un service considérable au public que de l'instruire en l'amusant... L'ouvrage entier est un traité de morale, réduit agréablement en exercice. Avis de l'abbé Prévost, auteur des Mémoires d'un homme de qualité
• le roman épistolaire (par lettres) permettant la pluralité des perspectives et la diversité des intentions avec :
Les Lettres persanes (1721) de Montesquieu,
La Nouvelle Héloïse (1761) de Rousseau,
Les Liaisons dangereuses (1782) de Choderlos de Laclos.
• Le roman picaresque est déjà un roman de moeurs et un roman d'éducation tel le Gil Blas de Santillane (1705-1735) de Le Sage ou le Paysan parvenu (1734-35) de Marivaux ;
• Le roman ou conte philosophique, en particulier, illustré par Voltaire avec Micromegas (1752), Zadig (1747), Candide (1759), L'Ingénu (1767) ;
• le roman sentimental centré autour d'une intrigue amoureuse (qui en est l'objet principal) dont le modèle est Manon Lescaut (1731) de l'Abbé PRÉVOST.

AU 19e SIÈCLE
Le roman connaît son âge d'or et s'impose comme genre dominant.
• rôle de la presse : l'élargissement du public est dû aussi à la presse qui devient quotidienne à dater de 1830 et aux critiques qui font et défont les gloires du moment. En outre le feuilleton contribue à la notoriété de nombreux écrivains ;
• rôle du public (élargi grâce au progrès de l'éducation) qui cherche dans le roman et l'évasion et l'image de sa destinée ;
• rôle de quelques grands novateurs comme Balzac qui entend « faire concurrence à l'état
Le genre romanesque prend toutes les formes :
• roman historique, rromantique par excellence : Notre-Dame de Paris (1813) de Victor Hugo, les Chouans (1829) de Balzac
• roman de moeurs qui dépeint la société du temps, soit la plupart des oeuvres romanesques de Balzac, Flaubert, Zola,
• roman d'analyse psychologique, souvent à caractère autobiographique : René de Chateaubriand (1802)
• roman fantastique amorcé par Balzac (La Peau de chagrin, 1831) poursuivi par Mérimée (La Vénus d'Ille, 1837) et par Maupassant (Le Horla, 1887).

AU 20e SIÈCLE
Les voies de l'approfondissement ont été suivies par plus d'un et les réussites sont à cet égard nombreuses :
• dans le roman fleuve en particulier qui entend retracer et retracer toute une poque, citons Les Thibault (1922-1940) de Roger-Martin Du Gard, Les Hommes de bonne volonté (1932-1947) de Jules Romains ;
• dans le roman d'aventure avec Saint-Exupéry, Malraux,
• dans le roman d'analyse avec Radiguet, Julien Green etc
Les voies nouvelles d'une véritable métamorphose du genre sont celles qui sont ouvertes par : Marcel Proust avec A la recherche du temps perdu, André Gide avec les Faux-Monnayeurs (1928) et bien d'autres : Jean-Paul Sartre, La Nausée (1938), Albert Camus, L'Étranger (1942) pour aboutir aux tentatives attachantes ou déroutantes du Nouveau Roman (Michel Butor, Claude Simon (Prix Nobel de Littérature 1985).
Ce qui caractérise ces tentatives c'est qu'elles n'offrent plus une réalité totalement et immédiatement intelligible » à la fois par une modification de l'architecture romanesque (intrigue éclatée ou intrigues multiples) et par une modification de la vision des choses et des êtres (utilisation du monologue intérieur par exemple).


D’après l’ouvrage Précis de littérature par genre et par siècle, Magnard, 1996