Thème : Voyages intérieurs

Hugo

 

Rimbaud

 

 

Baudelaire

 

Henri Michaux

 

 

 

 

 

 

 

 

Objet d’étude – Poésie, du romantisme au surréalisme
Thème : Voyages intérieurs

Poème 1- Victor Hugo, Soleils couchants

                  Le soleil s’est couché ce soir dans les nuées.
                  Demain viendra l’orage, et le soir, et la nuit ;
                  Puis l’aube, et ses clartés de vapeurs obstruées ;
                  Puis les nuits, puis les jours, pas du temps qui s’enfuit !

5               Tous ces jours passeront ; ils passeront en foule
                  Sur la face des mers, sur la face des monts,
                  Sur les fleuves d’argent, sur les forêts où roule
                  Comme un hymne confus des morts que nous aimons.

                  Et la face des mers, et le front des montagnes,
10            Ridés et non vieillis, et les bois toujours verts
                  S’iront rajeunissant ; le fleuve des campagnes
                  Prendra sans cesse aux monts le flot qu’il donne aux mers.

                  Mais moi, sous chaque jour courbant plus bas ma tête,
                  Je passe, et, refroidi sous ce soleil joyeux,
15            Je m’en irai bientôt, au milieu de la fête,
                  Sans que rien manque au monde, immense et radieux !

Poème 2 - Arthur Rimbaud (1854-1891), Ma bohème

                  Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ;
                  Mon paletot aussi devenait idéal ;
                  J'allais sous le ciel, Muse ! et j'étais ton féal ;
                  Oh ! là ! là ! que d'amours splendides j'ai rêvées !

5               Mon unique culotte avait un large trou.
                  - Petit-Poucet rêveur, j'égrenais dans ma course
                  Des rimes. Mon auberge était à la Grande-Ourse.
                  - Mes étoiles au ciel avaient un doux frou-frou

                  Et je les écoutais, assis au bord des routes,
10            Ces bons soirs de septembre où je sentais des gouttes
                  De rosée à mon front, comme un vin de vigueur ;

                  Où, rimant au milieu des ombres fantastiques,
                  Comme des lyres, je tirais les élastiques
                  De mes souliers blessés, un pied près de mon coeur !

 

Poème 3 - Charles BAUDELAIRE  (1821-1867), Moesta et errabunda

                  Dis-moi, ton coeur parfois s'envole-t-il, Agathe,
                  Loin du noir océan de l'immonde cité,
                  Vers un autre océan où la splendeur éclate,
                  Bleu, clair, profond, ainsi que la virginité ?
5               Dis-moi, ton coeur parfois s'envole-t-il, Agathe ?

                  La mer, la vaste mer, console nos labeurs !
                  Quel démon a doté la mer, rauque chanteuse
                  Qu'accompagne l'immense orgue des vents grondeurs,
                  De cette fonction sublime de berceuse ?
10            La mer, la vaste mer, console nos labeurs !

                  Emporte-moi, wagon ! enlève-moi, frégate !
                  Loin ! loin ! ici la boue est faite de nos pleurs !
                  - Est-il vrai que parfois le triste coeur d'Agathe
                  Dise : Loin des remords, des crimes, des douleurs,
15            Emporte-moi, wagon, enlève-moi, frégate ?

                  Comme vous êtes loin, paradis parfumé,
                  Où sous un clair azur tout n'est qu'amour et joie,
                  Où tout ce que l'on aime est digne d'être aimé,
                  Où dans la volupté pure le coeur se noie !
20            Comme vous êtes loin, paradis parfumé !

                  Mais le vert paradis des amours enfantines,
                  Les courses, les chansons, les baisers, les bouquets,
                  Les violons vibrant derrière les collines,
                  Avec les brocs de vin, le soir, dans les bosquets,
25            - Mais le vert paradis des amours enfantines,

                  L'innocent paradis, plein de plaisirs furtifs,
                  Est-il déjà plus loin que l'Inde et que la Chine ?
                  Peut-on le rappeler avec des cris plaintifs,
                  Et l'animer encor d'une voix argentine,
30            L'innocent paradis plein de plaisirs furtifs ?

Poème 4 – Henri Michaux, Icebergs, « La nuit remue », 1931

Icebergs  Icebergs, sans garde-fou, sans ceinture,  où de vieux cormorans abattus et les âmes des matelots morts récemment viennent s'accouder aux nuits enchanteresses de l`hyperboréal.
  Icebergs, Icebergs, cathédrales sans religion de l'hiver éternel, enrobés dans la calotte glaciaire de la planète Terre.
   Combien hauts, combien purs sont tes bords enfantés par le froid.
  Icebergs, Icebergs,  dos du Nord-Atlantique, augustes Bouddhas gelés sur des mers incontemplées. Phares scintillants de la Mort sans issue, le cri  éperdu du silence dure des siècles.

  Icebergs, Icebergs,  Solitaires sans besoin, des pays bouchés, distants, et libres de vermine. Parents des îles, parents des sources, comme je vous vois, comme vous m'êtes